mercredi 16 mai 2018

"Madame Pylinska et le secret de Chopin" (Eric-Emmanuel Schmitt)

L'écrivain franco-belge Eric-Emmanuel Schmitt vient de présenter son nouveau livre à la presse :

"C'est vrai : ce roman est pour une grosse part autobiographique. J'ai vraiment connu cet éblouissement, enfant, quand j'ai entendu ma tante Aimée au piano. C'était comme une grande porte qui s'ouvrait pour moi vers la musique. Et puis toute  l'histoire de ma tante, ses secrets, c'est tout aussi réel. Mais certaines scènes sont imaginaires, comme ma dernière rencontre avec Aimée. J'aurais aimé qu'elle ait lieu, je corrige la vie en écrivant. 

A cet âge-là, j'étais fonceur, je voulais réussir vite. Mon professeur a vu arriver un malabar qui tapait du Rachmaninov sur un clavier et va devoir en faire quelqu'un qui joue du Chopin. L'étude de la musique va m'affiner, m'apprendre la patience, l'attention aux autres, à la nature. Et Chopin va m'initier à l'intime. J'aime l'écriture intime et intérieure plutôt que les effets de manche. Certaines personnes comme mon professeur de piano ont déposé des choses en nous et c'est seulement aujourd'hui, à 57 ans, que je comprends tout l'apport de cette dame. Ce que je raconte, ce sont les vertus de l'apprentissage. Connaître ses limites, comment les déplacer, découvrir ses qualités. Et aussi comment se concentrer et se déconcentrer. Un musicien doit avoir suffisamment de technique pour ne plus devoir y penser quand il entame un concert. 

Quand je commence à écrire, il faut que je libère complètement mon imagination. Mais auparavant, j'ai longuement préparé mon récit. L'idée de ce roman, par exemple, est née il y a des années, après une conférence consacrée à Chopin. J'écris vite mais je compose lentement. La musique a le privilège d'être au-delà des langues, mais la littérature a la vertu de la clarté de la pensée et de la précision du raisonnement. Elle est plus directement compréhensible". 

mercredi 9 mai 2018

Les Midis de la Poésie à Bruxelles

Les Midis de la Poésie existent depuis....1949 et se tiennent chaque mardi midi de 12h40 à 13h30 dans le petit auditorium des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, rue de la Régence à Bruxelles. C'est Mélanie Godin qui en est l'actuelle directrice, secondée par Victoire de Changy et Elisabeth Woronoff. Plus d'infos :  www.midisdelapoesie.be

Victoire de Changy (dont je vous ai parlé il y a peu à l'occasion de la sortie de son premier roman) est chargée de la communication des Midis de la Poésie :   "Nous sommes avant tout une institution engagée. La programmation est régulièrement faite en lien avec des questions actuelles de société à mettre en lumière, toujours par le biais de la poésie. Un spécialiste d'un sujet ou d'un auteur y développe une question littéraire en compagnie de comédiens qui lisent les textes des auteurs abordés. Nous ne nous focalisons jamais sur les actualités des auteurs, sur les dates de sorties de leurs livres. Aux Midis, un auteur ne viendra pas parler de son oeuvre mais de ce qui, dans le travail d'autrui, aura nourri le sien. En les invitant à parler de poésie, nous les emmenons, ainsi que nos spectateurs, sur un terrain différent des rencontres habituelles. C'est certes un challenge, mais également un rendez-vous auquel nos spectateurs tiennent :  une brèche poétique en plein milieu d'une journée de cavalcade et d'urgences. Par ailleurs, les Midis de la Poésie s'étendent de plus en plus à d'autres horaires : nous organisons régulièrement des apéros-poésie, pour lesquels nous invitons principalement de jeunes créateurs de la scène émergente belge, ainsi que des petits goûters de la poésie, des ateliers intergénérationnels et participatifs liant arts plastiques et poésie le samedi après-midi, à raison d'une fois par mois, depuis trois ans, à la Bellone-Maison du Spectacle. Les intervenants sont des artistes issus des arts plastiques et de la scène ; adultes et enfants s'y côtoient dans la création dont la poésie, si elle en est le prétexte principal, laisse la place à d'autres disciplines. Aux Midis de la Poésie, nous accordons une importance toute particulière au théâtre, à la déclamation et plus généralement à la mise en voix qui, tout entière, participe au processus poétique. D'autre part, nous envisageons la poésie dans un sens beaucoup plus large que celles des vers et des rimes :  elle est largement présente dans la littérature et dans la prose et, encore plus largement, dans la rue, la voix et le mouvement".  

mercredi 2 mai 2018

Deuxième roman de Jérôme Colin

                               

Né à Flawinne en 1974, le journaliste et animateur belge Jérôme Colin se partage entre la radio (La Première) et la télévision (l'émission "Hep Taxi" sur La Deux). En 2015, il a sorti son premier roman, "Eviter les péages", où il abordait la crise de la quarantaine. La crise d'adolescence est le thème de son deuxième roman.

Un sujet qu'il connaît en tant que papa de trois ados :  "Voir grandir des ados, ça me fascine :  les voir se transformer, trouver leur identité... Et en même temps, il y a quelque chose en moi qui n'aime pas ce moment, parce qu'en fait, ils partent petit à petit, ils se détachent de moi. Je me suis rendu compte que j'étais en deuil. J'ai adoré avoir des petits bouts : ça m'a passionné, ça m'a bouleversé. Et je crois que c'est le deuil de ne plus avoir de petits bébés qui m'a fait commencer ce livre-là. Cette espèce d'amour absolu qu'il y avait entre eux et moi, n'existe plus. On s'aime évidemment, mais ce n'est plus cet amour-là". 

Les enfants signifient-ils la mort du couple?   "C'était cela l'idée de départ, le postulat de mon personnage en tout cas. C'est un mec qui pense que si son couple est en train de mourir, c'est parce qu'il a eu des enfants et que ses enfants ont pris tellement de place qu'en fait, il n'a plus le temps d'aimer sa femme et que sa femme, dans cet espace-là, n'a plus le temps de l'aimer. C'est en tout cas ce qu'il croit, et il le dit :  "Quand on a torché leur cul, quand on a raconté des histoires, quand on les a lavés, quand on a préparé le souper, quand on a fait la vaisselle, quel temps reste-t-il pour s'aimer dans tout ça?". C'est juste une question de point de vue. Je pense que c'est vrai que si on veut s'aimer, avoir des enfants, ce n'est pas la meilleure solution. Je pense qu'une plage et un bungalow, c'est vachement mieux! Les enfants, y a rien à faire, ça met un couple en difficulté. Tu es crevé, tu vas te coucher, et tu ne fais plus l'amour. L'emploi à temps plein, c'est les enfants. Toute ton énergie est sur ta famille, et plus sur ton conjoint. Le soir, on n'a plus qu'une envie :  c'est se coucher parce que demain, il y a la guerre qui recommence".

Continuer à admirer ses ados, est-ce important?  "Avoir de l'émerveillement pour son petit enfant, c'est facile :  il nous aime tellement, d'un amour absolu, et moi, j'ai été bouleversé par cet amour absolu quand j'ai été père. Mais puis, j'ai été bouleversé par ce désamour-là. C'est-à-dire qu'à un moment, il ne t'admire plus, tu n'es plus un dieu, tu es quelqu'un qui est sur leur chemin pour les empêcher d'être heureux, en gros. Et donc, mon personnage, il doit faire le deuil d'être émerveillé par ses enfants, et que ses enfants soient émerveillés par lui. Et le moment où tout va changer, c'est quand enfin il réalise qu'il peut dire à son enfant, enfin :  "je suis fier de toi, je t'admire, tu es quelqu'un de bien"."

Est-ce une réaction plus masculine que féminine?   "Je pense que la panique familiale est en effet masculine, en tout cas chez moi. Je suis plus dans un état de panique alors que ma femme est plus sereine, plus confiante, plus posée. Et je pense que dans ce qu'on vit maintenant, dans ce féminisme, la position de l'homme a aussi changé. Il fait maintenant ce que font les femmes, on s'occupe des enfants comme elle, mais c'est nouveau. Je crois que c'est moins inscrit dans nos gènes, on est des parents en apprentissage et on doit encore apprivoiser ces difficultés-là".

Bilan de sa paternité?   "J'étais, je pense, trop protecteur. Ca m'a appris qu'ils sont devenus grands. Arrête de croire qu'ils sont incapables, arrête de croire qu'ils ne sont pas prêts, pas assez forts....et donc arrête de croire que tu es indispensable. Je pense que c'est ce que le livre m'a appris : un peu de laisser-aller. Quand tu te retrouves comme ça dans une famille close avec trois ados et que c'est compliqué, tu crois que tu es seul au monde, perdu. Et en fait, non, tu n'es pas seul, et ça, tu l'apprends dans les livres. Et ça m'a aidé. Savoir qu'on partage tout ça, ça m'a rassuré parce que je me suis dit que c'est normal. Les romans ont une capacité d'empathie de dingue. Autant avec des passages difficiles dans nos vies que des questionnements très importants, comme c'est quoi la vie avec les ados, vu du côté des parents aujourd'hui. Ca a beau être pénible, on n'est pas tout seul. Et moi, c'est ce qui m'intéresse dans l'écriture".

mercredi 25 avril 2018

Premier roman pour Eloise Tanghe (17 ans)

Eloise Tanghe a 17 ans et habite le village de Frasnes-lez-Buissenal dans le Hainaut Occidental. Elle est étudiante en rhéto au collège Saint-Julien à Ath et est passionnée de lecture ("Le fantastique et la fantasy, c'est ce que j'aime le plus!"). A 15 ans, elle participe au NaNoWriMo, un projet d'écriture créative sur le net, dans lequel chaque participant tente d'écrire cinquante mille mots en un mois ("Le soutien et les encouragements qu'on reçoit des autres membres de la communauté ainsi créée constituent une énorme motivation").  Elle commencera en septembre des études de sciences politiques.

Elle commence aussi à écrire son roman :   "Je ne savais vraiment pas où j'allais au niveau de l'histoire, j'ai donc commencé par le titre. Je voulais un terme qui définisse l'ambiance, quelque chose d'assez générique. J'ai toujours adoré ce mot, Nox. Il m'a toujours fasciné. Ca sonne bien, c'est court et percutant. Ce sont les Editions du Chat Noir qui m'ont trouvée sur wattpad, une plateforme en ligne où on m'avait conseillé de poster ce que j'avais fait. Mathieu Guibé m'a dit :  "On adore ce que tu fais, on veut te publier". Pourtant, je n'en étais encore qu'à la moitié de l'histoire. Cette jeune fille est enfermée depuis qu'elle est toute petite dans un hôpital parce qu'elle entend des voix. Quand elle en sort à 18 ans, elle va essayer de comprendre ce qui lui arrive, pourquoi elle est comme ça. Elle va croiser la route de deux personnages qui vivent dans un petit village très retiré où les mentalités sont encore très anciennes... Mon livre est peuplé de sorcières, des flash-back ramènent le lecteur au 17ème siècle et il est vrai que le décor est assez proche de celui du Pays des Collines". 

La couverture aux tons violets est signée Magdalena Pagowska, une artiste polonaise spécialisée dans le fantasy :  "On l'a vraiment choisie ensemble avec mon éditeur. Nous avons cherché un visuel et des couleurs qu'on aimait bien. Elle nous a présenté ses travaux. J'ai tout de suite accroché. On lui a proposé le projet en lui évoquant l'ambiance du roman et elle a accepté, même si elle était surbookée".

Eloise Tanghe a participé à la Foire du Livre de Bruxelles et au Salon du Livre de Paris. Souhaitons bon vent à cette jeune auteur belge ! 

mercredi 18 avril 2018

"Tant pis" (Jennifer Fordham)

"Tant pis" est le quatrième roman de l'auteur montoise Jennifer Fordham. Elle y raconte l'histoire de sœurs jumelles toutes deux amoureuses d'un homme d'affaires anglais. Elle a répondu aux questions du journal "La Province" :

"Pourquoi le titre "Tant pis"?
- "Tant pis", c'est regrettable, c'est dommage que la vie effrite le rêve, l'ébranle, l'échaude, suscite le regret et ne laisse qu'une survivance. "Tant pis" désappointé mais aussi "Tant pis" réconcilié, prêt à lâcher prise avec les rancoeurs du passé. En conclusion, "Tant pis" traduit bien, selon moi, l'écrabouillage résigné.

- Laura, personnage central de ce roman, vit à la fois des histoires d'amour et d'amité qui se nouent et se dénouent. Il y a tout de même un horizon assez sombre en toile de fond, quelque chose de pessimiste?
- Laura est un personnage qui correspond au parcours symbolique qui, au travers de l'écriture, fait défiler des périodes de vie, qui cernent ce qu'il y a d'insondable : l'état d'âme. Il reste susjacent aux événements, aux blessures indicibles de l'enfance et de l'âge adulte. Le désamour a une place importante dans la vie de Laura. Elle a été une petite fille mal comprise par sa mère, une sœur dominée par sa jumelle, et une épouse brimée par un homme qui ne savait pas aimer. Elle se tourne aussi vers les amours multiples, à savoir celui pour les animaux, pour les gens différents, et surtout l'amitié. En toile de fond, s'opposent les échecs face à une reconstruction difficile. Ce n'est pas du pessimisme mais une tristesse légitime qu'elle réussira à surmonter. 

- Comme l'image du funambule sur la couverture, les relations humaines peuvent être fragiles et tomber dans une forme de vide?
- Sur la couverture, le funambule illustre bien l'idée que j'ai voulu faire ressortir : à savoir on aime toujours à ses risques et périls. Le bonheur est fragile, marche sur une corde raide qui, à tout instant, peut le faire tomber dans le vide, celui-ci étant la rupture ou la déception. Oui, le funambule qui tient en équilibre sur sa corde sous un ciel bleu peut rencontrer de gros nuages noirs. J'ai voulu être symbolique, par cette vision poétique, qui donne la priorité au rêve puisqu'à la réalité. J'aurais pu aussi m'inspirer du mythe d'Icare qui se brûle les ailes en voulant se rapprocher trop près du soleil.

- Clairement, l'amitié entre deux personnages (Laura et Antoine) est indestructible. L'amitié semble être plus facile que l'amour pour Laura. Quelle est votre réponse?
- L'amitié est indestructible parce qu'elle ne se sert pas de l'amour pour en parfaire son expression. L'amour est un sentiment difficile, jamais parfait, inaccessible. Il se veut complémentaire, harmonieux, fusionnel. Il est juste exigeant. La passion ne dure pas, aveugle. Avec le temps, on reste stupéfaits devant l'union qui devient vite une désunion, une fade habitude, un goût vieilli de bonheur. C'est tout ce qui reste du couple passionné. Certes, la tendresse fait place à l'étrangeté, à l'envie de séduire. Est-ce de l'amour? Est-ce une consolation?

- Ostende est une ville que l'on découvre déjà dans vos livres précédents. Pourquoi cette ville côtière?
- Je suis tombée amoureuse de cette ville côtière. Comme les peintres de la mer du Nord, je reste inassouvie devant le mystère de la mer. Je m'y retrouve, elle est mienne. Rebelle, courageuse, grise et tourmentée, elle brave inlassablement les climats capricieux. Ostende parce que j'aime son passé artistique, chargé d'histoire. Petite, je regardais déjà passer les bateaux, avec qui je laissais glisser mes rêves d'enfant solitaire. Rien n'a changé.

- Pourquoi évoquer les attentats terroristes commis en France et en Belgique ces dernières années dans ce livre consacré avant tout à l'histoire d'une femme?
- Certes, l'histoire d'une femme mais qui se passe entre la Belgique, l'Angleterre et la France dans les années 2015-2016. On ne peut survoler cette période sans y donner place au terrorisme qui marque notre génération. Ecrire, ce n'est pas raconter une belle histoire. Ecrire, c'est aussi choquer, dénoncer, prendre parti et surtout ne jamais s'habituer ou ignorer ce qui est inadmissible. L'écriture est un passeport vers la connaissance et en même temps un moyen de témoigner des faits de l'époque en question. Dans mes livres, il n'y a rarement de happy end. J'aime les fins inattendues, parce que, comme la vie, elles ont toujours un côté fantasque auquel on doit faire face.

- Un nouveau livre en préparation?
- Oui. Il sera différent des précédents. Il sera non seulement la dénonciation du harcèlement sous toutes ses formes, mais aussi la certitude que l'enfance reste à portée de mains de l'adulte que l'on devient. Mais sachez que, quoi qu'on fasse, le désamour ou l'amour restent présents dans la sensibilité de chacun, quelle que soit l'histoire".

mercredi 11 avril 2018

"Une femme que j'aimais" (Armel Job)

L'écrivain belge Armel Job vient de sortir un nouveau roman :  "Une femme que j'aimais", publié par les éditions Robert Laffont. L'histoire se passe au milieu des années 90 à Charleroi. Alors qu'elle attend son neveu Claude à qui elle veut révéler un secret, Adrienne meurt brutalement en tombant dans sa cuisine. Accident ou meurtre? Claude décide de découvrir ce qu'elle voulait lui révéler...

Armel Job a répondu aux questions du groupe Vers l'Avenir :

"De Claude ou d'Adrienne, quel est le personnage principal de votre histoire?
- C'est bien sûr Adrienne. Claude, c'est le substitut de l'auteur qui se pose bien des questions sur Adrienne. Mais il est vrai que le lecteur apprend petit à petit à connaître Claude. Plus son enquête piétine ou emprunte des fausses pistes, plus lui-même se découvre et se livre. C'est souvent en s'intéressant à une autre personne qu'on découvre des choses en nous-mêmes.

- L'histoire d'Adrienne vous a été inspirée par un fait réel?
- Oui, en partie. C'est une lectrice qui m'en a donné l'idée. Une dame qui m'a raconté sa propre histoire. Elle était née sous X et ignorait qui étaient son père et sa mère qui lui avaient donné la vie. Et cette histoire était d'autant plus touchante que cette dame a découvert la vérité très tard (elle avait alors près de 68 ans). Ca m'a vraiment ému. Et je crois que quand on écrit un roman, on doit être touché par l'histoire que l'on raconte. Tout cela m'a donné envie d'écrire un récit autour d'une naissance mystérieuse.

- Adrienne est un personnage complexe, comme vous les aimez?
- Oui. Elle a un côté charmant et mystérieux face à son neveu. Elle le fascine aussi. Elle vit seule dans une grande maison, est assez secrète. Mais plus tard et petit à petit, on découvre son histoire et elle est comme toute vie humaine... Adrienne est émouvante dans sa passion de jeunesse sacralisée par la mort de l'homme qu'elle aimait, puis il y a toutes les retombées. Ses remords qui l'empêchent d'aimer même ses enfants. Elle passe toute sa vie à côté des autres. Il y a alors beaucoup d'égoïsme en elle et elle finit par faire énormément de tort autour d'elle.

- Jusqu'à l'arrivée de Claude?
- Je pense qu'elle a beaucoup aimé Claude. Elle a trouvé en lui un homme attentif à ce qu'elle était. Quelqu'un qui n'avait aucune ambition sexuelle vis-à-vis d'elle, qui ne portait pas un regard d'homme sur elle, mais celui d'un être humain sur un autre être humain.

- Claude le naïf?
- C'est vrai. C'est quelqu'un qui porte un regard sur les choses sans a priori, assez naïvement mais aussi sans se prendre au sérieux. Il a une grande qualité : son ouverture d'esprit. Il est prêt à accepter de remettre sans cesse en cause son interprétation de l'histoire tout en se moquant des élucubrations qu'il a lui-même échafaudées. Il représente l'humanité commune. Nous échafaudons sans cesse des théories sur les gens qui nous entourent. Mais Claude continue à chercher. En ce sens, il est le romancier parfait. C'est ce que devrait faire tout romancier :  refuser les explications stéréotypées et aller au bout de ses investigations. Nous nous contentons trop vite de banales explications.

- Vous donnez l'impression de n'être pas maître à bord de votre roman?
- Disons que je n'ai pas d'idée préconçue sur la façon dont l'histoire va se dérouler. Des personnages apparaissent, me poussent parfois à écrire des histoires secondaires. Et même me donnent souvent des idées que je développe dans d'autres romans!". 

mercredi 4 avril 2018

Premier roman de Sébastien Ministru

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Né à Mons en 1961,  Sébastien Ministru est journaliste, chroniqueur et auteur de théâtre. Il vient d'écrire son premier roman, intitulé "Apprendre à lire" et publié par les éditions Grasset. Il y aborde le rapport père-fils, l'analphabétisme et l'homosexualité. Comme beaucoup de premiers romans, il y a une bonne part d'autobiographique :   "C'est la vraie vie de mon père dans son enfance que je décris. Je voulais poser un regard sur un homme qui a vécu un vrai drame, enfermé dans son manque de dialogue. Le rapport père-fils est le thème principal de mon roman. J'ai vécu ce rapport entre deux hommes de façon particulière avec mon père, deux hommes qui n'ont pas appris à laisser tomber les murs de la gêne et de la pudeur".

Présentation du roman :   Antoine, directeur de presse sexagénaire, efficace et tyrannique, partage sa vie avec son ami Alex et dont le père italien en fin de vie, émet un jour le souhait d'apprendre à lire et à écrire. Ce privilège, il en a été privé dans une enfance vécue à la dure et personne n'a jamais soupçonné dans quelle souffrance ce manque l'a plongé. Mais Antoine se sent démuni pour apprendre à lire à son père que tout sépare de lui. Alors il demande à Ron, un jeune prostitué dont il loue les services sexuels, de s'atteler à cette lourde tâche d'apprentissage. C'est lui qui parviendra à rapprocher le père et le fils.