mercredi 17 janvier 2018

Les livres de Stijn Streuvels à Anvers

Qui est Stijn Streuvels?   C'est un des plus grands écrivains belges néerlandophones du 20ème siècle. Il est né en 1871 et est décédé en 1969. Après son mariage avec Alida en 1905, il construit sa maison à Ingooigem, et va se consacrer à temps plein à son oeuvre littéraire. Il a écrit principalement des romans naturalistes, des nouvelles et des pièces de théâtre, où il décrivait très bien la vie de village.

Depuis 40 ans, Paul Thiers est l'expert de l'oeuvre de Stijn Streuvels, et a rassemblé une collection exceptionnelle de 1.339 livres. Elle surpasse à tous les niveaux ce que l'on peut trouver dans d'autres collections publiques des oeuvres de Streuvels. Elle offre aussi un aperçu d'environ 80 ans d'évolution d'éditions bibliophiles très soignées, du développement du monde de l'édition, et illustre le réseau littéraire de Streuvels, ainsi que ses relations avec les arts visuels.

Afin de la sauvegarder dans sa totalité et la rendre accessible au public, Paul Thiers a accepté de la vendre au Fonds du Patrimoine de la Fondation Roi Baudouin, qui va mettre cette collection en dépôt à la bibliothèque Hendrik Conscience à Anvers. Cette bibliothèque est la référence pour tout chercheur ou étudiant s'intéressant à la littérature néerlandaise.

Par ailleurs, en parlant de la littérature néerlandophone, signalons que le Fonds Flamand pour les Lettres (www.auteurslezingen.be) permet aux enseignants (y compris d'écoles francophones) de faire venir un auteur, illustrateur, traducteur ou dessinateur flamand dans votre classe gratuitement. Le Fonds contribue au défraiement de l'auteur et paie le montant total de la conférence à l'organisateur.

mercredi 10 janvier 2018

"Les passagers du siècle" (Viktor Lazlo)

                                           Les passagers du siècle

La chanteuse Viktor Lazlo sort son quatrième roman, "Les passagers du siècle", publié par les éditions Grasset. C'est une fresque familiale sur cinq générations de 1860 à nos jours, dans laquelle l'esclavage et la Shoah sont présents.

Viktor Lazlo a répondu aux questions des journaux du groupe Sud Presse :

"Où avez-vous trouvé l'inspiration pour ce nouveau roman?
- C'est quand même un peu de mon histoire. Je porte dans mon ADN l'histoire de l'esclavage : mon arrière-grand-mère était esclave. Et la mémoire de la Shoah, elle m'a été apportée par la littérature. J'étais très jeune quand ma maman m'a fait lire mes premiers livres qui en parlaient. J'avais dix ans et j'ai commencé à faire des cauchemars où j'étais poursuivie par les nazis. Puis, à l'Université Libre de Bruxelles, j'ai eu beaucoup d'amis juifs polonais. Plus que de "mémoire rapportée", je crois qu'on peut parler de "mémoire fantasmée". Et puis, à l'époque, je me souviens très tôt avoir entendu "ils ne voudront jamais de toi", et je me demandais pourquoi, dans l'esprit général, les communautés étaient imperméables les unes aux autres. Et déjà, ça me révoltait !

- Votre famille a-t-elle abordé ces sujets avec vous?
- L'histoire de ma famille ne m'a pas été rapportée très jeune, car les survivants de la Shoah n'ont très souvent rien raconté. La transmission de l'esclavage ne s'est pas faite non plus. Dans ma famille, surtout mon père, on ne peut pas voir un bouquin ou un film qui parle de ça. Et ma mère a une vision complètement déformée du viol par le patron :  dans le monde colonial, pour elle, il y a une justification au droit de cuissage... Du côté de ma mère, ma grand-mère s'est fait abuser par un colonial anglais blanc. Et à l'époque, tout le monde trouvait ça normal.

- Ces sujets couvaient donc en vous?
- Oui, et ce qui a été le dernier déclencheur, c'est un incident au métro Saint-Paul à Paris où je croise un jeune homme noir qui vend des poèmes et me dit :  "Je viens de me faire agresser par une dame âgée qui m'a dit : on devrait vous brûler, vous et les juifs". Je me suis dit qu'il y avait plus d'une similitude dans ces tragédies, et j'ai trouvé intéressant de les mettre ensemble dans une histoire, à considérer que ces deux tragédies se valent, et qu'il n'y en a pas une plus cruelle que l'autre dans le sadisme des tortionnaires, et que donc, il faut couper court à toute tentative de "concurrence mémoriale".

- Vous vous exprimez mieux dans la littérature que dans la chanson?
- Dans l'écriture romanesque, pour moi, il y a une façon de continuer à m'instruire, de continuer à travailler et à travailler sur moi. De me construire tout simplement. La chanson, c'est un exercice spontané mais aussi beaucoup plus technique. Donner une idée forte en quelques minutes, c'est une prouesse technique. Même si j'aborde des sujets qui me tiennent à cœur, je dois m'adapter à la musique.

- Vous avez autant besoin de l'un que de l'autre?
- J'ai besoin de la scène :  ce sont les concerts et le public qui me nourrissent. Ils me donnent des forces pour l'écriture. En même temps, je sais que je vais bientôt m'arrêter :  j'ai été une enfant gâtée, mais je n'ai pas envie de me battre, de faire la tournée des maisons de disques. Alors la scène, oui, mais me battre, non. J'ai besoin de trouver un mode d'expression, et je n'ai pas trouvé mieux que l'écriture".

mercredi 27 décembre 2017

Prix Rossel 2017

Maître de conférences à l'Université de Liège, le poète et essayiste belge Laurent Demoulin a reçu le Prix Rossel 2017, la plus importante récompense littéraire en Belgique francophone, couronnant les premiers romans. Dans ce livre, Laurent Demoulin raconte, par tranches de vie, le quotidien de son fils Robinson, un enfant autiste mais néanmoins capable de communiquer. La remise de ce prix a eu lieu au palais de Charles de Lorraine à Bruxelles.

Cliquez ci-dessous sur "Demoulin Laurent" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 29 novembre 2017

Un album de St-Nicolas réalisé par des Belges

                                                 Saint Nicolas, c'est qui celui-là ?

Ce joli album sur Saint-Nicolas est un projet collectif réalisé par des compatriotes : l'auteur, l'illustrateur et la maison d'édition Alice sont belges!  Le texte a été écrit par Charlotte Bellière, une enseignante bruxelloise née en 1981. Les dessins ont été réalisés par Ian De Haes, artiste peintre et libraire spécialisé en littérature de jeunesse.

Pour avoir un compte-rendu plus détaillé de cet album :  http://histoiresdenlire.blogspot.be/2017/11/saint-nicolas-cest-qui-celui-la.html

Bonne fête de Saint-Nicolas à tous les enfants, étudiants, enseignants et employés !

mercredi 15 novembre 2017

Prix Mallarmé 2017 pour Philippe Mathy

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L'Académie Mallarmé vient de décerner son prix de poésie 2017 au poète belge Philippe Mathy pour son recueil "Veilleurs d'instants", publié cette année par les éditions L'Herbe qui tremble. L'auteur invite le lecteur à un itinéraire lié à la nature, à la contemplation, à une sagesse puissante et spontanée. En prose poétique, en vers libres, il épingle des moments cueillis au vif d'une promenade, au cœur d'une halte propice à la réflexion. Le recueil est illustré de peintures végétales de Pascale Nectoux.

Né en 1956 au Congo belge, Philippe Mathy rentre en Belgique à l'âge de quatre ans. Il grandit dans le village de Saint-Denis. Dans les années 80, il s'installe avec son épouse et leurs trois filles à Guignies, petit village de la commune de Brunehaut en Hainaut Occidental. Pendant une vingtaine d'années, il anime une galerie d'art associant peinture, sculpture, musique et poésie. Il est aussi professeur de français au Collège Notre-Dame de Tournai jusqu'en 2011. Auteur de nombreux livres, Philippe Mathy est actuellement rédacteur en chef du Journal des Poètes.

mercredi 1 novembre 2017

La collection Belgiques des éditions Ker

Installée dans le Brabant wallon, la maison d'édition belge Ker vient de lancer une nouvelle collection intitulée "Belgiques" au pluriel. Les trois premiers auteurs de cette collection sont Vincent Engel, Luc Baba et Alain Dartevelle.

Le patron des éditions Ker Xavier Vanvaerenbergh a confié aux quotidiens du groupe Vers l'Avenir :  "L'idée est née d'une rencontre avec Marc Bailly. Il est lui-même auteur et éditeur, et a organisé beaucoup de rencontres littéraires. Il est venu avec un projet d'une collection dans laquelle des auteurs exprimeraient, à travers des nouvelles, leur "belgitude". Ca rejoignait des projets que je mène chez Ker où je demande à plusieurs écrivains de réagir à travers une courte fiction sur un sujet d'actualité. Je ne voulais pas m'enfermer dans le belgo-belge, et si les trois premiers recueils sont écrits par des écrivains de chez nous, comme le seront aussi les trois publiés l'année prochaine, pourquoi ne pas imaginer un Québecois ou un Français écrivant quelques nouvelles sur ce thème? Stratégiquement, quand on lance une nouvelle collection, on cherche plutôt un auteur connu. On sait que pour faire connaître un nouvel auteur, il faut un an ou deux. Ici, j'ai limité les risques, entre autres grâce à Vincent Engel avec qui je travaille depuis douze ans.

Je vis avec l'espoir que le modèle économique français qui est de surproduire va finir par s'effondrer. Ce n'est plus tenable à long terme. Ce jour-là, je pense que les petits éditeurs sortiront leur épingle du jeu. C'est un mythe de dire qu'être édité à Paris est gage de succès pour un auteur belge. Oui mais pour quelques-uns, mais c'est très limité".

Plus d'infos :  www.kereditions.eu/librairie/belgiques

mercredi 25 octobre 2017

Amélie Nothomb et la Belgique

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Dans la longue interview accordée à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la baronne Amélie Nothomb répond à plusieurs questions sur la Belgique :

"Accordez-vous une attention particulière aux livres d'écrivains belges francophones?
- Il n'est pas primordial pour moi qu'un auteur soit belge ou non. Mais ça me fait plaisir quand je lis un auteur belge. Ces dernières années, j'ai, par exemple, vu émerger Caroline De Mulder. Je trouve qu'elle a beaucoup de talent. C'est une belle personne dans tous les sens du terme.

- On sait aussi votre admiration pour Simon Leys.
- Oui, pour Simon Leys, pour Jacqueline Harpman, pour Simenon, pour tous les grands surréalistes. Nous ne manquons pas de gloires en Belgique, c'est certain.

- Y a-t-il pour vous quelque chose qui définirait la littérature belge?
- Ca me paraît évident :  le surréalisme. Le surréalisme belge précédait sa nomination et lui succède. Je trouve qu'il y a toujours quelque chose de surréaliste dans ce que nous écrivons en Belgique. Je pense qu'on peut qualifier ce que j'écris de surréaliste. C'est plus fort que moi : à aucun moment, je ne me dis "Soyons surréaliste!",  ça vient tout seul. C'est certainement une des manières principales que j'ai d'être belge.

- Vous vous définissez vous-même comme auteur belge?
- Oh oui!

- L'identité belge est-elle plus importante pour vous que la francophone?
- Je ne peux pas dire que francophone n'a aucune importance. J'écris en français et ce n'est pas anodin. Mais l'identité belge est plus importante, parce qu'elle différencie des Français, des Suisses, des Canadiens, et c'est quelque chose qui a du sens.

- Vous êtes une Belge publiée en France :  votre éditeur est-il ouvert à une langue qui n'est pas forcément toujours conforme au français de France?
- Ca a donné lieu à une paranoïa de la part de mon éditeur. Quand il s'est aperçu du style très particulier d' "Hygiène de l'assassin", il a cru que c'était du belge! Le texte était presque entièrement raturé par les correctrices avec la mention "belge". J'ai entièrement raturé les corrections en mettant "Non, ce n'est pas du belge, c'est du Amélie Nothomb!". Il m'a fallu quelques années pour le leur faire comprendre. Par ailleurs, si je me permettais cette liberté, c'était probablement dû au fait que j'étais belge. Donc, finalement, c'est du belge, mais pas de la façon dont ils l'imaginaient!

- Vous vivez en France depuis plusieurs années. Votre écriture est-elle néanmoins toujours marquée par le français de Belgique?
- En arrivant en France, j'ai découvert le français de France et il ne m'a pas déplu. Mais pourquoi ne pas montrer qu'en Belgique, nous avons une autre façon de parler? Ceci dit sans aucun désir revanchard. Mais jamais je n'ai été obsédée par l'idée de ne pas paraître belge. Au contraire, je ne supporte pas qu'on dise que je ne suis pas belge. Je ne sais pas pourquoi les Français disent toujours de moi que je suis "d'origine belge". Je suis belge, pas "d'origine belge"!

- Dans plusieurs interviews, vous avez pourtant évoqué votre sentiment d'apatridie, de ne venir de nulle part. Dans "Biographie de la faim", vous expliquez vous sentir ressortissante de l' "Etat de Jamais".
- Ce sentiment existe toujours mais c'est quelque chose qui a beaucoup évolué en moi suite à la crise de 2010-2011. A la profondeur de mon angoisse lorsqu'on a évoqué la possibilité que la Belgique n'existe plus, j'ai vraiment senti que j'étais de là. A l'impression d'apatridie s'est ajouté le sentiment de quand même être belge. Mon grand sentiment de vague est après tout une manière d'être belge.

- L'accueil de vos livres en Belgique est-il différent de l'accueil que vous recevez en France?
- L'accueil des lecteurs est sensiblement le même en Belgique et en France. L'accueil des journalistes est, lui, différent. D'une manière générale, j'ai constaté plus de vacheries à mon encontre de la part de journalistes belges.

- Vous écrivez vous-même des articles sur les livres des autres. Avez-vous eu récemment des coups de cœur littéraires (belges ou autres)?
- Oui, j'en ai eu un pour le manuscrit de Stefan Liberski qui va paraître en 2018 chez Albin Michel : ça s'appelle "La cité des femmes" et c'est formidable".

Retrouvez la suite de cette longue et intéressante interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.